Lorsqu’il parlait du ministère de guérison et des manifestations miraculeuses de guérison, John Wimber était très pertinent dans son choix d’une expression qui puisse être à la fois compréhensible et théologiquement fidèle à l’enseignement de la Parole de Dieu.
Ainsi, il butait sur deux expressions : « guérison divine », ou « guérison surnaturelle ». Les deux expressions ne sont pas synonymes, et la différence mérite notre attention. John Wimber, dont le ministère a profondément marqué le mouvement charismatique contemporain, l’avait bien compris. Dans son ouvrage Power Healing, publié en 1987 avec Kevin Springer, il explique pourquoi, de ces deux expressions, il préférait parler de « guérison divine ». « Lorsqu’il s’agit de décrire la guérison chrétienne, je trouve plus approprié d’utiliser l’expression “guérison divine” », écrit-il à la page 6 de son ouvrage (traduction de l’anglais). Il ne rejetait évidemment pas le surnaturel, bien au contraire. Son ministère était largement consacré à la guérison des malades, aux signes et aux prodiges, et à l’action du Saint-Esprit dans la vie quotidienne des croyants. Mais Wimber tenait à ce que les mots employés pour décrire ces manifestations soient théologiquement précis. En fait, le problème tient d’abord à la signification même du mot « surnaturel ». Celui-ci qualifie un phénomène qui dépasse les lois ordinaires de la nature ou notre compréhension de celles-ci. Il ne nous renseigne toutefois pas sur l’origine du phénomène. Un événement peut être surnaturel sans être divin. Le mot « divin », en revanche, désigne expressément Dieu comme l’auteur de ce qui s’est produit. Nous pourrions dire que « surnaturel » est un terme phénoménologique, tandis que « divin » est un terme théologique. Cette distinction résume assez bien la préoccupation de Wimber, même s’il ne l’exprimait pas lui-même dans ces termes.1. Ce que la clarté signifiait pour Wimber
La clarté concernant l’auteur de la guérison
Une manifestation surnaturelle n’est pas nécessairement divine. Wimber reconnaissait que certains phénomènes surnaturels pouvaient également avoir des origines occultes, psychiques ou démoniaques. L’expression « guérison surnaturelle » laissait donc ouverte la question de l’origine de la manifestation, tandis que « guérison divine » identifiait explicitement Dieu comme celui qui guérit. Cette distinction était fondamentale, car le simple fait qu’un événement dépasse notre compréhension des lois naturelles ne signifie pas nécessairement qu’il provienne de Dieu. La véritable question n’était donc pas seulement de savoir si une guérison était surnaturelle, mais d’en discerner la source.La clarté concernant Jésus-Christ et le Saint-Esprit
Wimber voulait que la guérison chrétienne soit comprise en relation directe avec Jésus-Christ et l’action du Saint-Esprit, plutôt qu’avec une force spirituelle impersonnelle, une énergie ou une technique particulière. Dans Power Healing, il distinguait notamment la guérison chrétienne des enseignements de la Science chrétienne, fondée par Mary Baker Eddy, ainsi que des conceptions impersonnelles du divin présentes dans certaines religions orientales. Pour lui, la guérison divine était inséparable du Dieu personnel révélé dans les Écritures et de la personne de Jésus-Christ.La clarté concernant la foi
John Wimber ne choisissait pas non plus l’appellation anglaise faith healing pour désigner le ministère de guérison, et cette réserve mérite d’être expliquée. À première vue, l’expression pourrait se traduire littéralement par « guérison par la foi ». Mais cette traduction ne rend pas nécessairement compte de la nuance qu’elle peut prendre dans le contexte où elle est employée. En effet, faith healing est parfois utilisé par les détracteurs des ministères de guérison comme une étiquette polémique pour désigner les évangélistes qui enseignent que Jésus-Christ guérit encore aujourd’hui. Dans ce contexte, l’expression suggère une sorte de « foi guérissante », comme si la foi possédait elle-même le pouvoir de produire la guérison. Or, comme vous le savez, l’enseignement biblique ne présente jamais la foi comme une puissance de guérison indépendante de Dieu. La foi n’est ni une énergie spirituelle, ni une force autonome qui agirait par elle-même. C’est Jésus-Christ qui guérit, et la foi est le moyen par lequel le croyant se tourne vers lui, s’attend à son intervention et reçoit sa guérison. Lorsque Jésus déclare à la femme atteinte d’une perte de sang :Il reconnaît le rôle déterminant de sa foi, sans pour autant lui attribuer une puissance qui appartiendrait à la foi elle-même. De même, lorsqu’il dit aux deux aveugles :« Ma fille, ta foi t’a sauvée; va en paix, et sois guérie de ton mal »
Il souligne l’importance de leur foi dans la réception de la guérison qu’il accomplit. C’est précisément cette distinction que l’appellation faith healing, lorsqu’elle est employée dans un sens polémique, risque d’effacer. Elle peut laisser croire que ceux qui exercent un ministère de guérison enseignent que c’est la foi qui guérit, alors que leur message est précisément que Jésus-Christ guérit et que la foi permet de recevoir son intervention. La nuance est pourtant considérable. Une chose est d’affirmer que la guérison divine se reçoit par la foi, autre chose est de prétendre que la foi possède en elle-même un pouvoir guérisseur. Et lorsqu’une expression confond les deux, elle finit par donner une représentation déformée de l’enseignement de ceux auxquels elle est appliquée. Quand on y pense, c’est une confusion particulièrement regrettable, puisque les Évangiles eux-mêmes accordent une place essentielle à la foi dans le ministère de guérison de Jésus. Refuser l’étiquette faith healing ne revient donc nullement à diminuer l’importance de la foi. Il s’agit de refuser une manière de présenter la guérison qui pourrait faire oublier celui qui en est véritablement l’auteur. Wimber voulait justement préserver cette distinction, et sa préférence pour l’expression « guérison divine » correspond parfaitement à cette préoccupation. Pour cette raison, il est préférble de conserver l’expression anglaise utilisée par John Wimber “faith healing” dans cet article, tout en expliquant sa nuance plutôt que de la traduire systématiquement par « guérison par la foi ». Lorsqu’elle est utilisée pour caricaturer un ministère chrétien de guérison, l’expression « foi guérissante » permet de mieux faire comprendre ce qui est sous-entendu. Car ce que Wimber désirait annoncer et exercer, c’était un ministère de guérison divine, dans lequel la foi conserve toute sa place biblique, mais où Jésus-Christ demeure celui qui guérit.« Qu’il vous soit fait selon votre foi »
La clarté concernant les miracles
Wimber considérait aussi l’expression « guérison miraculeuse » comme insuffisamment précise, car une manifestation miraculeuse n’est pas automatiquement d’origine divine. Les Écritures avertissent que Satan et les puissances mauvaises peuvent également produire des signes et des prodiges. Jésus déclare dans Matthieu 24:24 :L’apôtre Paul écrit également dans 2 Thessaloniciens 2:9 :« Car il s’élèvera de faux Christs et de faux prophètes; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s’il était possible, même les élus. »
Ces passages montrent que le caractère extraordinaire d’une manifestation ne suffit pas, à lui seul, pour établir son origine divine. Il est donc nécessaire de faire preuve de discernement plutôt que d’attribuer automatiquement à Dieu tout événement surnaturel. Ces avertissements bibliques ne signifient toutefois pas que les puissances démoniaques puissent nécessairement produire une véritable guérison physique de la même manière que Dieu.« L’apparition de cet impie se fera, par la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers, »
2. Éviter toute confusion spirituelle
Cette préoccupation était particulièrement pertinente dans le contexte religieux dans lequel Wimber exerçait son ministère. Le renouveau charismatique se développait à une époque où l’intérêt pour la spiritualité du Nouvel Âge, les phénomènes psychiques, les guérisons spirituelles alternatives et les pratiques occultes connaissait également un essor important. Des guérisons étaient revendiquées dans des milieux dont les croyances n’avaient parfois rien de commun avec la foi chrétienne.La Science chrétienne de Mary Baker Eddy
Wimber faisait notamment référence à la Science chrétienne (Christian Science), un mouvement religieux fondé aux États-Unis par Mary Baker Eddy (1821-1910). Celle-ci publia en 1875 son ouvrage Science et Santé avec la Clef des Écritures, qui devint le texte fondamental de son enseignement, puis fonda en 1879 l’Église du Christ, Scientiste. Malgré son nom et les nombreuses références bibliques qu’elle utilise, la Science chrétienne s’écarte profondément des doctrines fondamentales du christianisme historique et de la foi évangélique. Mary Baker Eddy enseignait que Dieu est Esprit et que l’Esprit constitue la seule véritable réalité. La matière, la maladie, le péché et la mort relèveraient d’une perception erronée de cette réalité spirituelle. Dans cette conception, la maladie n’est pas considérée comme une réalité physique au sens habituel du terme, mais comme une erreur de la pensée humaine qu’il faut surmonter par la compréhension des lois spirituelles divines. La guérison consiste donc essentiellement à reconnaître la vérité spirituelle qui dissipe cette erreur. Eddy développait ainsi une conception de la guérison fort différente de celle que nous trouvons dans les Évangiles, où Jésus guérit des personnes réellement malades, atteintes de souffrances et d’infirmités physiques. Les divergences vont d’ailleurs bien au-delà de la guérison. La Science chrétienne ne reconnaît pas la Trinité dans son sens chrétien historique. Elle affirme la divinité du Christ, mais n’identifie pas Jésus à Dieu comme le fait la doctrine chrétienne de l’incarnation. Sa compréhension du péché, de l’expiation et de la résurrection diffère également de celle du christianisme évangélique. Nous sommes donc devant une conception de Dieu, de Jésus-Christ et du salut qui s’éloigne des fondements de la foi chrétienne. Et cette rupture trouve son origine dans les enseignements mêmes de Mary Baker Eddy, dès la constitution du mouvement. On comprend dès lors pourquoi Wimber tenait à distinguer la guérison divine de ces différentes conceptions spirituelles de la guérison. Le fait qu’un mouvement emploie le nom de Jésus, cite les Écritures et revendique des guérisons ne signifie pas nécessairement qu’il partage la foi chrétienne telle qu’elle est révélée dans le Nouveau Testament. Pour Wimber, la guérison divine devait demeurer inséparable du Dieu personnel révélé en Jésus-Christ et de l’action du Saint-Esprit. Dans un tel environnement, la distinction entre divin et surnaturel revêtait une importance particulière. Wimber voulait éviter que les chrétiens confondent l’action du Saint-Esprit avec des pratiques psychiques ou occultes, qu’ils considèrent la guérison comme une forme de magie ou de pouvoir de l’esprit sur la matière, ou qu’ils attribuent systématiquement à Dieu toute manifestation surnaturelle. Il voulait également préserver une vérité théologique essentielle : la foi chrétienne ne consiste pas à utiliser une puissance impersonnelle que l’on pourrait manipuler à travers une méthode ou une formule garantissant un résultat précis. La guérison divine demeure l’œuvre de Dieu, et c’est vers lui que doit se tourner toute notre attention. L’expression « guérison divine » constituait donc, dans la pensée de Wimber, une véritable ligne de démarcation théologique. Elle permettait d’identifier la source de la guérison plutôt que de se limiter à décrire le caractère extraordinaire du phénomène.3. Une raison positive : affirmer la nature et l’action de Dieu
La préférence de Wimber n’était cependant pas uniquement défensive. Il ne cherchait pas simplement à éviter les erreurs ou les confusions. Son choix exprimait également sa conviction profonde que la guérison révélait quelque chose de la nature et de l’action de Dieu. La théologie de la guérison chez Wimber s’inscrivait dans une compréhension plus large du Royaume de Dieu et de sa manifestation dans le ministère de Jésus. Wimber accordait une place importante à l’annonce du Royaume accompagnée de signes et de guérisons. Lorsqu’il étudiait les Évangiles, il voyait dans le ministère de Jésus une manifestation concrète de la puissance du Royaume de Dieu. Jésus annonçait la bonne nouvelle, guérissait les malades et délivrait les opprimés. Ces œuvres révélaient la compassion de Dieu envers l’humanité souffrante et témoignaient de la présence de son Royaume. La guérison représentait donc bien davantage qu’un événement surnaturel. Elle était une manifestation du Royaume de Dieu et une expression de sa compassion envers l’humanité souffrante. Elle devait être comprise à la lumière de la personne de Jésus-Christ, de son ministère et de l’action du Saint-Esprit, plutôt que comme un phénomène extraordinaire pouvant être considéré indépendamment de Dieu. C’est dans cette perspective que l’expression « guérison divine » prenait toute sa signification. Elle permettait de rattacher la guérison à la personne de Jésus-Christ, à son œuvre et à l’activité du Saint-Esprit. Wimber ne voulait pas que l’intérêt pour les miracles finisse par détourner l’attention de celui qui les accomplissait.4. Wimber rejetait-il pour autant le terme « surnaturel » ?
Absolument pas. Wimber parlait régulièrement du surnaturel, des dons spirituels, des signes et des prodiges, ainsi que des interventions du Saint-Esprit. Il pouvait même parler d’une vie chrétienne « naturellement surnaturelle » (naturally supernatural), une expression qui traduisait sa conviction que l’action du Saint-Esprit devait faire partie de la vie normale du croyant. Sa préférence pour l’expression « guérison divine » ne représentait donc aucunement un rejet du surnaturel. Elle répondait plutôt à un souci de précision théologique lorsqu’il était question du ministère de guérison. Le terme « surnaturel » décrivait convenablement le caractère extraordinaire d’une manifestation. Cependant, employé seul, il restait trop vague pour identifier son origine. Wimber préférait donc parler de « guérison divine » afin de garder l’attention centrée sur Dieu plutôt que sur le phénomène lui-même.Une distinction qui mérite d’être conservée
Je trouve cette préférence de John Wimber particulièrement pertinente aujourd’hui. Dans certains milieux chrétiens, le vocabulaire du surnaturel occupe une place considérable. On parle de puissance surnaturelle, d’expériences surnaturelles, d’atmosphères surnaturelles, de Présence surnaturelle et, bien entendu, de guérisons surnaturelles. Le risque existe alors que le caractère extraordinaire d’une manifestation retienne davantage l’attention que son origine et sa signification biblique. Quand on y pense, les mots influencent notre manière de voir les choses et, à force de les employer, ils finissent parfois par orienter notre compréhension des réalités spirituelles. La préférence de Wimber nous rappelle qu’il est important de choisir un vocabulaire qui exprime fidèlement ce que nous croyons. Pour ma part, je préfère donc également parler de guérison divine. Cette expression désigne clairement le Dieu en qui nous croyons, celui qui s’est révélé en Jésus-Christ et qui agit aujourd’hui par son Saint-Esprit. Elle évite d’entretenir une ambiguïté avec les nombreuses formes de spiritualité qui revendiquent elles aussi des manifestations surnaturelles. Car, finalement, ce qui nous intéresse dans la guérison chrétienne, c’est bien l’action de Dieu envers ceux qui souffrent. Et c’est précisément ce que l’expression « guérison divine » permet d’affirmer.John Wimber avait-il eu une perception prophétique de l’avenir ?
On peut se demander cependant si la préférence de John Wimber pour l’expression « guérison divine » n’allait pas au-delà des raisons théologiques qu’il avançait lui-même. Aurait-il pu avoir une perception prophétique de ce qui allait se produire dans le christianisme au cours des décennies suivantes ? Il n’a jamais, à ma connaissance, présenté son choix terminologique comme une révélation prophétique. Mais je n’écarterais pas la possibilité que le Saint-Esprit lui ait fait discerner quelque chose dont il ne mesurait pas encore toute la portée. L’Écriture nous montre que les prophètes eux-mêmes ne comprenaient pas toujours pleinement ce qu’ils annonçaient. Pierre explique que ceux qui avaient prophétisé concernant la grâce à venir cherchaient à comprendre à quelles circonstances et à quelle époque se rapportaient leurs propres prophéties (1 Pierre 1:10-12). Daniel reconnaît également son incompréhension devant certaines révélations qu’il avait reçues (Daniel 12:8). Sans établir de parallèle direct entre les prophéties bibliques et le discernement éventuel de Wimber, ces exemples nous rappellent qu’une perception reçue de Dieu peut avoir une portée qui dépasse la compréhension immédiate de celui qui la reçoit. Ce qui est frappant aujourd’hui, c’est la facilité avec laquelle de nombreux chrétiens accueillent favorablement tout ce qui leur est présenté, tout surnaturel, comme venant de Dieu. Cette attitude ne se limite nullement aux milieux charismatiques. On la retrouve également parmi des évangéliques non charismatiques et dans certains milieux catholiques. Devant des manifestations extraordinaires, des expériences spirituelles inhabituelles ou des guérisons présentées comme miraculeuses, beaucoup se réjouissent de leur caractère surnaturel sans prendre le temps de s’interroger sérieusement sur leur origine. Le simple fait qu’un événement semble dépasser les lois naturelles devient parfois une raison suffisante pour y reconnaître l’intervention de Dieu. Or, c’est précisément sur ce point que la distinction de Wimber prend aujourd’hui une importance particulière. Il avait compris qu’une manifestation surnaturelle n’était pas nécessairement divine. La question de son origine devait donc demeurer essentielle. L’apôtre Jean avait d’ailleurs averti les croyants de ne pas ajouter foi à tout esprit, mais d’éprouver les esprits pour savoir s’ils sont de Dieu (1 Jean 4:1). Cet avertissement n’a rien perdu de son actualité. Wimber avait-il pressenti prophétiquement qu’un jour, dans une partie du christianisme, la fascination pour les manifestations surnaturelles pourrait conduire des croyants à négliger cette question pourtant fondamentale ? Avait-il perçu, sans nécessairement pouvoir l’expliquer, combien il deviendrait important de distinguer ce qui est simplement présenté comme surnaturel de ce qui est véritablement divin ? Je ne prétends pas pouvoir répondre avec certitude à ces questions. Mais je trouve cette hypothèse particulièrement intéressante. Car près de quarante ans après la publication de Power Healing, la distinction que Wimber tenait à préserver apparaît d’une remarquable pertinence. Peut-être avait-il discerné prophétiquement un danger dont nous commençons aujourd’hui à mesurer l’ampleur : celui de se réjouir du surnaturel sans même se demander s’il vient de Dieu.La sagesse spirituelle de John Wimber, un exemple pour les serviteurs de Dieu
Il y a quelque chose que j’admire particulièrement chez John Wimber : sa sagesse spirituelle. Nous parlons ici d’un homme dont le ministère était largement accompagné de manifestations surnaturelles, de guérisons et de signes extraordinaires. Il croyait profondément à l’intervention de Dieu dans la vie des hommes et encourageait les chrétiens à rechercher et à exercer les dons du Saint-Esprit. Pourtant, au milieu de toutes ces manifestations, il tenait à préserver une distinction fondamentale : ce qui importait avant tout, c’était de reconnaître l’origine divine de ce qui se produisait. Je trouve cette attitude particulièrement remarquable. Wimber aurait facilement pu privilégier le mot “surnaturel”, d’autant plus que son ministère était connu pour ses signes et ses prodiges. Mais sa préférence pour l’expression « guérison divine » révèle une préoccupation qui mérite notre attention. Il voulait que Dieu demeure au centre de ce que les croyants recherchaient et expérimentaient. La manifestation pouvait être extraordinaire, mais c’était son origine qui lui donnait sa véritable signification spirituelle. Cette sagesse devrait caractériser tout serviteur de Dieu, particulièrement ceux qui exercent un ministère dans lequel les manifestations surnaturelles occupent une place importante. Nous avons la responsabilité d’enseigner aux croyants à rechercher l’action authentique du Saint-Esprit et à exercer leur discernement spirituel. L’apôtre Jean nous exhorte à éprouver les esprits pour savoir s’ils sont de Dieu (1 Jean 4:1). Cette responsabilité commence avec ceux qui enseignent, conduisent et exercent une influence spirituelle sur les autres. Leur attitude envers le surnaturel façonne inévitablement celle des personnes qui leur sont confiées. La sagesse spirituelle ne consiste certainement pas à se méfier systématiquement des manifestations surnaturelles. Ce serait oublier que le Dieu de la Bible est un Dieu de miracles et qu’il agit encore aujourd’hui. Mais un serviteur de Dieu doit aussi posséder le discernement nécessaire pour reconnaître ce qui vient véritablement du Seigneur. Il doit montrer l’exemple, jusque dans les expressions qu’il emploie, car les mots qu’il choisit contribuent à former la compréhension spirituelle de ceux qui l’écoutent. C’est aussi en cela que John Wimber me paraît exemplaire. Alors que tant de personnes venaient à ses rencontres dans l’espoir d’assister à des manifestations extraordinaires, il continuait à privilégier une expression qui rappelait l’identité de celui dont il recherchait l’intervention. Sa préférence pour la « guérison divine » témoignait d’une sagesse spirituelle que tout ministre de l’Évangile ferait bien de cultiver. Et si Wimber avait effectivement eu, comme je l’ai évoqué précédemment, une perception prophétique de certaines évolutions futures du christianisme, sa sagesse apparaît aujourd’hui encore plus remarquable. Quoi qu’il en soit, son exemple nous rappelle une responsabilité que nous ne devrions jamais négliger : apprendre aux croyants à rechercher ce qui vient véritablement de Dieu, et à ne jamais se satisfaire du seul caractère surnaturel d’une manifestation.Une sagesse spirituelle dont nous avons besoin aujourd’hui
Ce que je retiens particulièrement de John Wimber, c’est la sagesse spirituelle dont il faisait preuve dans un ministère pourtant si largement accompagné de manifestations surnaturelles. Il aurait pu mettre tout l’accent sur le caractère extraordinaire de ce qui se produisait dans ses rencontres. Mais sa préférence pour l’expression « guérison divine » révèle une préoccupation bien plus profonde. Il tenait à identifier clairement l’auteur de la guérison, à préserver la centralité de Jésus-Christ et à distinguer l’action authentique du Saint-Esprit de toute autre manifestation spirituelle. Son choix de vocabulaire reflétait ainsi ses convictions théologiques et son discernement spirituel. Et si cette sagesse avait également comporté une dimension prophétique ? Nous ne pouvons évidemment pas l’affirmer avec certitude, puisque Wimber n’en a jamais parlé explicitement. Mais je trouve cette possibilité particulièrement intéressante à la lumière de ce que nous observons aujourd’hui. Dans différents milieux chrétiens, des manifestations sont parfois accueillies avec enthousiasme précisément parce qu’elles semblent surnaturelles, sans que l’on cherche véritablement à en discerner l’origine. Peut-être Wimber avait-il perçu, sous l’inspiration du Saint-Esprit, l’importance d’une distinction dont la portée ne deviendrait pleinement évidente que plusieurs décennies plus tard. Son exemple devrait nous interpeller, particulièrement si nous sommes engagés dans le ministère. Les paroles que nous employons pour décrire les expériences spirituelles et les manifestations auxquelles nous assistons ne sont jamais sans conséquence. Elles influencent la manière dont les croyants comprennent l’action de Dieu et interprètent ce qu’ils vivent. Lorsqu’un serviteur de Dieu qualifie trop rapidement une manifestation de divine, il risque d’encourager ceux qui l’écoutent à attribuer à Dieu des phénomènes dont l’origine n’a pas été sérieusement examinée. Nous avons donc une responsabilité dans notre manière de parler du surnaturel, mais aussi dans la façon dont nous enseignons aux croyants à le discerner. Près de quarante ans après la publication de Power Healing, la sagesse de John Wimber me paraît d’une remarquable actualité. Alors que son ministère était accompagné de nombreuses manifestations surnaturelles, il avait compris l’importance de préserver, jusque dans les mots qu’il employait, la place centrale de Dieu. En privilégiant l’expression « guérison divine », il orientait l’attention des croyants vers celui qui guérissait, plutôt que vers le caractère extraordinaire de la guérison. Et si cette sagesse avait aussi été le fruit d’une perception prophétique, dont il ne mesurait pas lui-même toute la portée ? À voir aujourd’hui la place considérable qu’occupe le surnaturel dans le discours de certains milieux chrétiens, cette question mérite certainement d’être posée. Vous savez, je crois que nous avons beaucoup à apprendre de son exemple. Les mots que nous choisissons ne sont jamais insignifiants, particulièrement lorsque nous enseignons la Parole de Dieu ou exerçons un ministère spirituel. À force de parler de manifestations surnaturelles, de puissance surnaturelle ou de guérisons surnaturelles, nous risquons d’habituer les croyants à rechercher et à admirer les phénomènes, au point d’oublier celui qui en est l’auteur. Voilà pourquoi la sagesse spirituelle doit aussi gouverner notre vocabulaire, notre manière d’enseigner et notre façon de présenter l’action de Dieu.John Wimber avait compris qu’en mettant constamment l’accent sur le surnaturel, on risquait de perdre de vue le divin. Et lorsqu’il est question de guérison, ce que nous voulons annoncer, rechercher et faire connaître, c’est avant tout le Dieu qui guérit.
Références
- John Wimber et Kevin Springer, Power Healing, Harper & Row, 1987, notamment p. 6 et pp. 26-27. (Le livre a été traduit en français: Allez… guérissez Par la puissance de Jésus, ouvrage que l’on peut trouver auprès de la CLC).
- Mary Baker Eddy, Science et Santé avec la Clef des Écritures, notamment pp. 468 et 496-497.
- Daniel Park, Training and Empowering Laity for Divine Healing Prayer, p. 70.
- Power Praying: An Evaluation of Prayer Ministry in the Teaching of John Wimber and the Vineyard Movement, p. 95, note 19.
- Textes bibliques cités : Louis Segond 1910.